La double solitude des vieux immigrés de France
La proposition de Nicolas Sarkozy de restreindre l’accès des étrangers à l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) avec une condition de résidence préalable passant de 5 à 10 ans confirme une tendance de fond|: la précarisation du statut des étrangers en France. Venus travailler au sein des industries françaises entre 1945 et 1975, ces anciens ouvriers immigrés, aujourd’hui retraités, se sentent persécutés par les institutions. Contrôlés par la Caisse d’allocations familiales, la Sécurité sociale et souvent accusés de fraudes, ils font parfois l’objet de procédures judiciaires. «Il arrive parfois que ces organismes demandent aux allocataires retraités le remboursement de tout ou partie de leurs revenus, lorsqu’ils estiment que les conditions de résidence de ces retraités n’ont pas été remplies», explique ainsi Antoine Math, juriste au GISTI (Groupe d’information et de soutien aux immigrés). Faisant la navette entre la France et leur pays d’origine, on leur reproche de ne pas respecter les textes sur les conditions de résidence fixées à 181 jours par an de présence sur le territoire, et de ne pas pouvoir justifier que leur foyer principal est bien ici.
Le manque d’information des services publics Ce sont d’ailleurs souvent les retours longs et fréquents de certains retraités qui se trouvent être la cause du refus des titres de séjours de longue durée. C’est le cas de Durmus Callioglu, 70 ans, ancien migrant turc qui a dû bataillé trois ans avant que l’Etat français ne reconnaisse son statut de retraité en lui délivrant sa carte de résidence valable dix ans. «Je suis arrivé en France en 1970 et j’ai travaillé pendant quinze ans dans le domaine de la confection. Je suis rentré définitivement en Turquie en 1987 et ne suis pas revenu assez tôt pour renouveler ma carte de résident» raconte-t-il. Après l’obtention de sa retraite à 60 ans, la préfecture lui a délivré une carte de séjour mention «visiteur», à renouveler tous les ans. «Cela n’a pas facilité mes retours en France», précise-t-il. Pour de nombreuses associations de défense des droits des personnes âgées immigrées, comme l’ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France), ou encore Ayyem Zamen («Le temps jadis», en arabe), l’absence de respect de la législation par les retraités immigrés est la conséquence d’un manque d’information de la part des services publics. Elles appellent, d’ailleurs, à une «mutualisation» de l’information auprès des caisses de retraites et des caisses de sécurité sociale.
Un sentiment de rejet omniprésent Bien qu’à l’époque des primo-arrivants, il était plus simple de trouver du travail, même en tant qu’immigrés, certains retraités vivent encore dans des foyers de travailleurs migrants, des résidences sociales ou dans des logements privés dégradés. Ils perçoivent de faibles revenus et sont souvent victimes de discriminations quant à leurs origines, leurs coutumes mais aussi leur âge. Contrairement aux migrants plus récents, venus améliorer leurs situations en choisissant l’intégration, ces anciens restent fortement imprégnés de leurs traditions, de leurs coutumes, de leur langue. Ils connaissent parfois des difficultés avec le français et se sentent rejetés d’une société où ils ont pourtant passé une longue partie de leur vie. Au sentiment d’exclusion, s’ajoute la sensation d’être oubliés par leur entourage, voir de leurs propres compatriotes, sans omettre les jeunes, les conflits intergénérationnels les conduisant à davantage de repli. «|Un manque de confiance s’est instauré entre les générations. Les personnes âgées reprochent aux plus jeunes leur «laissez-aller» et les jeunes ne comprennent pas les reproches de leurs aînés. Ils s’en éloignent, ce qui crée un certain fossé. «Je pense que tous ces problèmes découlent d’un manque de communication», considère Mokhtar Djerrari, 70 ans, un ancien enseignant. Se sentant parfois en position de faiblesse, certains souhaitent néanmoins que les générations issues de l’immigration se battent socialement pour réussir leur vie, et que leurs enfants aient accès à l’éducation, au savoir, à l’emploi, pour mieux faire valoir leurs droits sans être à leur tour discriminés.
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